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                                                                    ERIC LEGNINI  —  WAXX UP      Nouvel album  sortie le 17 mars 2017


D’emblée, le premier titre donne le cap. “I Want You Back” entre au cœur du sujet : peu de traces du piano, mais une rythmique qui claque, une section de cuivres qui appuie le propos, une voix qui respire le funk…  Trois minutes trente, tous d’un bloc, au service d’une chanson. Direct, Eric Legnini change de casquette, et du coup de braquet, avec cette nouvelle galette : le pianiste émérite mute en producteur, attentif à la puissance d’une mélodie. Vingt-cinq ans au service du jazz, sous son nom ou comme partenaire particulier, le fort en thèmes n’a plus rien à prouver en la matière. Non pas que tout ça soit fini, simplement cette fois, il met l’accent sur la matière première qui a toujours nourri sa musique : la wax, cette cire noire qui a façonné son style – un swing puissant et léger, un groove aérien et terrien –, ces tracks qu’il traque depuis des lustres. C’est ainsi qu’il faut entendre le titre de cet album, en forme de jeu de mots, Waxx Up : une bonne baffle en pleine tête, à l’image du visuel qui orne la pochette ! 

« La wax, ce sont mes sources ! Ma culture, c’est le vinyle, le sample, les années 1970. », assure ce digger patenté, qui ne manque jamais une occasion de farfouiller une caisse de LP. Dans son home studio, trône un 45-Tours de Lee Dorsey, un pressage original “Get Out Of My Life Woman”, titre emblématique de l’une des grandes voix La Nouvelle-Orléans. Plus qu’un simple détail, on peut y déceler une clef d’écoute de ce nouvel album qui sonne comme une somme de 45-tours, produits par le maître de céans. Des premières maquettes aux ultimes retouches, des répétitions en trio aux sessions en studio, deux ans auront été nécessaires pour aboutir le projet. Un minutieux travail où le pianiste aux manettes de la réalisation a fait un casting de voix, en fonction des tessitures, selon les climats souhaités. « J’ai beaucoup drivé les chanteurs pour qu’ils soient dans les couleurs que je voulais. Pour que chaque chanson soit la plus efficace possible, il fallait choisir la bonne voix pour la porter. » Tel sera le credo qui va guider Eric Legnini.

De Kayna Samet à Kellylee Evans, celui qui s’est choisi Moogoo comme surnom lorsqu’il signe des tracks hip-hop a déjà beaucoup œuvré pour les autres. Tout comme il a accompagné des chanteurs aussi divers que Claude Nougaro, Souleymane Diamanka ou Christophe, ce n’est pas la première fois qu’il convie des chanteurs et chanteuses à le rejoindre sur ses disques. The Vox comme Sing Twice  en portent la trace. Aujourd’hui, on  en retrouve d’ailleurs certains avec qui il a eu l’occasion d’échanger par le passé. L’Anglais Hugh Coltman, qui a participé à l’écriture des textes, phrasé impeccable dans “The Sun Will Dance”, une mélodie dans une veine Stevie Wonder mais dont les soubassements reposent sur l’harmonie de “Giant Steps”, le totémique thème de Coltrane, remodelée à sa main. A ses côtés, la Canadienne Kellylee Evans, en choriste essentielle.

Sur un registre nettement plus electro, Yael Naïm, une amitié de longue date, enfin transcrite sur disque avec un thème aux contours abstraits. Surprenant certes, mais pas autant que Matthieu Boogaerts, quasiment à contre-emploi, sur une ballade low tempo, en mode suave crooner. Au final, ce rôle de composition va à merveille à sa nonchalance. De même, Eric Legnini convie la comédienne Anaëlle Potdevin, pour ses premiers pas au micro : timbre voilé raccord avec le propos. A l’inverse, Nathalie Williams, une soul mother de la brillante scène anglaise qu’Eric Legnini a rencontrée sur un plateau Arte, joue sur un registre plus haut perché, parfait contraste dans le climat moiré de “Living For Tomorrow”. Quant au Californien Charles X, il fait rimer flow rap et groove soul (“Run With It”), avec l’aisance de ceux pour qui tout est permis. 

Enfin last but not least, l’Américaine Michelle Willis chante sur “I Want You Back”, “The Parkway”, “Maybe” et “Sick & Tired”. Quatre chansons, qui en disent long sur les qualités de la protégée du producteur et bassiste Michael League (Snarky Puppy), une voix dans la grande tradition soul folk telle qu’en raffole Eric Legnini. « Sans cette rencontre, je ne sais pas si j’aurais osé un tel disque. »

Somme toute, toutes ces voix aussi différentes soient-elles sonnent comme un seul homme : Eric Legnini, qui a confectionné des sons cousus main pour que chacune d’elles nous enchante. C’est dans cet état d’esprit qu’il a piloté les musiciens,  à commencer bien entendu par la paire sur laquelle il s’appuie pour construire le répertoire, Franck Agulhon (batterie, percussions) et Daniel Romeo (basse, guitare). Tout est joué, rien n’est programmé, et quand il s’agit de sampler Eric Legnini puise dans ce matériau original. « J’avais l’obsession de l’efficacité dans le son, des hooks », ces détails qui attrapent les oreilles d’un juste gimmick. Pour autant, l’interplay du trio jazz reste, mais par-derrière, par moments. « Je me suis autorisé des interventions qui sortent du cadre pur electro ou pur funk. Je n’ai pas voulu les restreindre, les brider. Daniel comme Franck pouvaient se lâcher quand ils voulaient, du moment que cela servait l’intention du titre », insiste le plus Belge des Parisiens. Au diapason de telles intentions, la section de cuivres vient ajouter une dimension à l’ensemble, ou plutôt une dynamique. Ni trop, ni trop peu, juste quand et comme il faut. Comme les quelques instrumentaux qu’il insère, façon face B. “Black Samouraï”, en mode Herbie Hancock seventies, “Here Comes The Beat Man”  clin d’œil à “Here Comes The Meter Man”, digne du groove aussi léger qu’appuyé du drummer Zigaboo Modeliste, “The Wire”, sur un registre plus « house » traficotée avec la trompette d’Ibrahim Maalouf et pour conclure “Lagos 75”, afro-funk festif et introspectif. Alors que le titre pourrait tourner et retourner, le temps est bel et bien compté : tout est bouclé en moins de 5 mn.

Pas de doute, Eric Legnini franchit un cap, un pas décisif. « Pour ce disque, je suis dans le rôle du producteur, avant d’être pianiste. Cette fois, j’assume le côté moins acoustique, moins jazz, même si cela demeure pour ceux qui tendront l’oreille. » Lui d’ailleurs se penche sur le Wurlitzer, sur le Fender Rhodes, le Clavinet, mais ne s’épanche pas sur le grand piano dont il maîtrise les 88 touches en noir et ivoire. Pas question de se disperser dans d’interminables solos. Pas question de dévier du cap à suivre, cette idée qu’il avait en tête depuis des années, en fait. Le temps l’a mûrie, le propos est d’autant plus précis, concis, sans interdit. En fonction du sens du morceau, il met l’accent sur le son, sur le jeu…« C’est la chanson qui doit décider de ce qui doit se passer. Je m’y suis tenu ! »  Résultat : un recueil de formats courts, orientés pop et soul, entre acoustique et électronique, entre hier et aujourd’hui, pour celui qui revendique comme références le producteur chicagoan Charles Stepney et le Londonien Mark Ronson. En clair, un son à l’ancienne, mais jamais passéiste. « Ce disque contient toutes les musiques qui m’ont nourri : du hip-hop à la soul, du jazz funk au r’n’b actuel. Je ne cache pas mes influences, simplement j’en donne ma version»